SBTi : de la trajectoire climatique mondiale à la stratégie opérationnelle des entreprises

La SBTi s’impose comme le cadre de référence pour structurer des objectifs climatiques crédibles. Décryptage de ses exigences, méthodes et impacts pour les entreprises.
SBTi trajectoire de décarbonation entreprise objectifs carbone

Face à l’accélération du dérèglement climatique et à la pression croissante des régulateurs, des investisseurs et des parties prenantes, les entreprises sont désormais attendues sur leur capacité à piloter une trajectoire de décarbonation crédible, mesurable et alignée avec la science.

Dans ce contexte, la Science-Based Targets Initiative (SBTi) s’est imposée comme le cadre international de référence pour structurer des objectifs climatiques robustes et comparables.

Mais au-delà de la science climatique, que recouvre réellement une démarche SBTi ? Quelles implications opérationnelles et stratégiques pour les entreprises ? Et quelles évolutions anticiper à court terme ?

En pratique, une démarche SBTi consiste à traduire un objectif climatique global en trajectoire d’entreprise, à partir d’un inventaire GES, d’une année de référence, de périmètres d’émissions clairement définis et d’objectifs de réduction suivis dans le temps.

La SBTi : un standard né de l’Accord de Paris

La SBTi est née en 2015, dans le sillage de la COP21, avec une ambition claire : traduire les objectifs mondiaux de limitation du réchauffement climatique (1,5°C à 2°C) en trajectoires opérationnelles pour les entreprises.

La particularité de cette initiative ? Être en cohérence avec les dernières recommandations des scientifiques du GIEC, Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat, créé dès 1988.

Le budget carbone, point de départ de la trajectoire

Au cœur de l’approche SBTi se trouve la notion de budget carbone mondial : la quantité maximale de gaz à effet de serre pouvant être émise pour rester sous un seuil de réchauffement donné, soit ~900 GtCO₂e pour rester sous 2°C d’ici 2100.

Ce budget étant limité, il doit être réparti dans le temps, décliné par secteur et région, alloué aux entreprises individuelles. C’est précisément ce mécanisme de traduction qui fonde la valeur de la SBTi.

Ce cadre transforme profondément la nature des engagements. Il ne s’agit plus seulement d’annoncer une ambition, mais de démontrer qu’elle est compatible avec une contrainte physique : celle d’un volume d’émissions restant fini à l’échelle mondiale.

La logique SBTi repose ainsi sur une idée simple : une entreprise ne peut plus fixer un objectif climat uniquement à partir de son ambition interne ; elle doit démontrer que cet objectif s’inscrit dans une trajectoire compatible avec les limites scientifiques du réchauffement climatique.

Une réponse au déficit de crédibilité des engagements climatiques

Contrairement aux engagements volontaires traditionnels, souvent critiqués pour leur manque d’ambition ou leur caractère déclaratif, la SBTi introduit plusieurs notions :

  • une validation indépendante des objectifs,
  • un alignement obligatoire avec les modèles climatiques,
  • et une standardisation permettant la comparabilité sectorielle.

De la norme volontaire au quasi-standard de marché

La dynamique d’adoption est désormais massive : la SBTi indique avoir dépassé, en janvier 2026, le seuil des 10000 entreprises disposant d’objectifs validés. Ce qui représente plus de 40 % de la capitalisation boursière mondiale.

La France se distingue particulièrement, avec 85 % du CAC40 engagé et une forte mobilisation des ETI et PME.

Cette diffusion massive traduit une évolution majeure : la SBTi n’est plus seulement un outil RSE, mais un marqueur de crédibilité financière et stratégique.

Les entreprises constatent plusieurs bénéfices majeurs : l’amélioration des relations investisseurs, l’accès facilité au financement, l’alignement stratégique interne, ou encore la mobilisation de la chaîne de valeur.

Réduire d’abord, compenser ensuite : la hiérarchie SBTi

La SBTi repose sur une philosophie simple mais structurante : réduire d’abord, compenser ensuite – et jamais l’inverse !

Une entreprise alignée SBTi doit suivre une trajectoire Net-Zero en quatre étapes :

  1. Réduction à court terme (5-10 ans)
  2. Réduction à long terme (jusqu’à 2050)
  3. Neutralisation des émissions résiduelles (~10%), uniquement après que les émissions aient été réduites de 90 à 95%
  4. Contribution au-delà de la chaîne de valeur (BVCM)

Les actions hors chaîne de valeur, désormais appelées « contributions » plutôt que « compensations » ne peuventen aucun cas se substituer aux réductions internes, qui restent prioritaires.

SBTi, de la trajectoire climatique mondiale à la stratégie opérationnelle des entreprises

Une démarche SBTi en 4 grandes phases

Les entreprises qui ambitionnent de faire valider leurs objectifs de décarbonation par la SBTi commencent par prendre l’engagement public à se fixer une cible SBTi. Elles ont ensuite jusqu’à 24 mois pour développer leur cible SBT.

Arrive la phase de soumission et de validation (ou non) de la cible, ce qui peut durer entre 3 et 4 mois. Enfin, lorsque les objectifs de décarbonation sont validés SBTI, les entreprises les communiquent publiquement.

La SBTi répertorie toutes les entreprises engagées dans la démarche dans un fichier facilement accessible sur internet, via son « Target dashboard ».

Comment construire un objectif SBTi ?

Une méthodologie en 5 étapes

La construction d’un objectif SBTi repose sur un processus rigoureux :

  1. Choisir une année de référence (postérieure à 2015)
  2. Calculer un inventaire GES complet (GHG Protocol)
  3. Définir les périmètres (scopes)
  4. Fixer une année cible (2030 / 2050)
  5. Choisir une méthode de trajectoire

Scopes 1, 2 et 3 : une exigence forte sur le périmètre

Concernant les Scopes 1 et 2, la couverture se doit d’être quasi exhaustive (≥95%). Quant au Scope 3, il est obligatoire s’il représente plus de 40% des émissions de GES  pour les objectifs à court terme.

Ce point est structurant, car pour la majorité des entreprises, le scope 3 représente l’essentiel de l’empreinte carbone.

à noter : d’autres critères s’appliquent pour la fixation des objectifs à long terme.

Trois approches pour bâtir une trajectoire SBTi

Il existe trois approches différentes pour bâtir une trajectoire SBTi.

L’approche la plus répandue est basée sur la réduction directe des émissions en volume, en tonnes de CO2eq, dite approche absolue : « Absolute Emission Contraction ». Elle présente l’avantage majeur d’être facilement alignée aux scénarios du GIEC.

Une approche sectorielle  peut également être envisagée et est d’ailleurs recommandée en priorité par la SBTi. Elle s’appuie sur des données physiques et est donc beaucoup plus précise et mieux adaptée aux défis du secteur d’activité en question. La méthodologie la plus utilisée est la « SDA, Sectorial Decarbonization Approach ».

En dernier recours, il est aussi possible d’adopter une approche économique qui calculera la réduction des émissions à viser par unité de valeur ajoutée.

Net-Zero V2 : une évolution majeure à anticiper

La norme phare de la SBTi est actuellement en pleine transformation : la V2 de Net-Zéro pour les entreprises est attendue d’ici l’été 2026.

Pour autant, les entreprises n’ont aucune raison d’attendre pour soumettre leurs objectifs de décarbonation car la version actuelle de la norme peut être utilisée jusqu’à fin décembre 2027.

Les grandes évolutions annoncées

Le défi majeur de cette nouvelle version sera d’introduire plus de flexibilité tout en conservant la rigueur scientifique, véritable ADN de la SBTi.

De nouvelles exigences ont d’ores et déjà été annoncées, telles que le suivi continu des performances climatiques et l’évaluation obligatoire des progrès ou encore la publication d’un plan de transition, par exemple.

Le concept d’OER (Ongoing Emissions Responsibility) devrait également être introduit afin que les entreprises assument une responsabilité continue sur leurs émissions résiduelles, sans attendre l’échéance de 2050.

Les crédits carbone et mécanismes associés devraient ainsi être davantage encadrés, notamment pour clarifier leur rôle dans la prise en charge des émissions résiduelles et dans les actions climatiques au-delà de la chaîne de valeur.

Ce que cela change pour les directions RSE et financières

La SBTi impose des trajectoires chiffrées, des jalons intermédiaires et un reporting annuel. Cela permet de passer d’une logique déclarative à une logique pilotée. En d’autres termes, la démarche SBTi rapproche fortement la gestion carbone du pilotage financier.

Elle s’intègre au cœur de la stratégie de l’entreprise car ses impacts sont transverses, que ce soit sur la stratégie industrielle, les achats et la chaîne d’approvisionnement, les arbitrages d’investissement ou encore la politique énergétique.

Apparaît ainsi l’enjeu croissant de la data et des systèmes d’informations pour gérer la complexité des exigences. Cela implique des systèmes de collecte robustes, une traçabilité des données et une capacité de simulation des trajectoires.

Le principal enjeu opérationnel d’une trajectoire SBTi réside donc dans la donnée : sa qualité, sa traçabilité, sa disponibilité et sa capacité à être pilotée année après année.

Conclusion : de référentiel climatique à standard stratégique

La Science-Based Targets Initiative marque un tournant majeur dans la manière dont les entreprises abordent le climat.

Elle transforme une contrainte environnementale en cadre stratégique structurant et en outil de crédibilité économique et financière.

Mais cette montée en puissance s’accompagne de défis : complexité méthodologique, exigence de données fiables, nécessité d’alignement interne et évolution rapide des standards.

Pour les directions RSE, financières et du reporting, l’enjeu n’est plus de savoir s’il faut s’engager dans la SBTi, mais comment en faire un levier de transformation opérationnelle et stratégique durable.

Autrement dit, la SBTi ne se limite pas à faire valider une cible. Elle oblige les entreprises à organiser leur capacité à piloter la décarbonation dans la durée.

Aller plus loin

Si la définition d’objectifs SBTi repose sur des cadres scientifiques stricts, leur mise en œuvre repose avant tout sur la capacité des entreprises à structurer, fiabiliser et piloter leurs données carbone.

C’est précisément sur ces enjeux que les équipes kShuttle accompagnent leurs clients.

Discutez avec l’un(e) de nos expert(e)s

FAQ

Qu’est-ce que la SBTi ?


La Science Based Targets initiative, ou SBTi, est un cadre international qui permet aux entreprises de définir des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre alignés avec les données scientifiques et les objectifs de l’Accord de Paris.
Elle vise à transformer les engagements climatiques en trajectoires mesurables, comparables et validées selon des critères reconnus.

Pourquoi une trajectoire SBTi est-elle importante pour les entreprises ?


Une trajectoire SBTi permet à une entreprise de démontrer que ses objectifs climat reposent sur une méthodologie structurée et compatible avec les limites physiques du réchauffement climatique.
Elle renforce la crédibilité des engagements, facilite le dialogue avec les investisseurs et aide les directions RSE, finance et reporting à piloter la décarbonation dans le temps.

Quel est le rôle du Scope 3 dans une démarche SBTi ?

Le Scope 3 représente souvent la majorité de l’empreinte carbone d’une entreprise, car il couvre les émissions indirectes liées à la chaîne de valeur : achats, transport, usage des produits, fournisseurs ou fin de vie.

Dans les critères SBTi, le Scope 3 doit être intégré aux objectifs de court terme lorsqu’il représente 40 % ou plus des émissions totales Scopes 1, 2 et 3. Les objectifs de court terme doivent aussi couvrir au moins 95 % des émissions directes Scopes 1 et 2.

Quels sont les principaux défis d’une démarche SBTi ?

Les principaux défis ne sont pas seulement méthodologiques. Ils concernent aussi la capacité à produire des données carbone fiables, traçables et régulièrement mises à jour.
Une démarche SBTi suppose de structurer l’inventaire GES, de fiabiliser les données Scope 3, de suivre les progrès dans le temps et de relier la trajectoire climat aux décisions opérationnelles et financières.

Faut-il attendre la nouvelle norme Net-Zero V2 pour définir ses objectifs SBTi ?

Pas nécessairement. La SBTi travaille actuellement sur la révision de son Corporate Net-Zero Standard Version 2.0, avec une seconde consultation publique publiée en 2026. Cette version vise notamment à rendre le standard plus robuste et plus applicable pour les entreprises, tout en maintenant l’exigence scientifique.

Pour les entreprises, l’enjeu est donc de suivre les évolutions du cadre, sans nécessairement suspendre la structuration de leur trajectoire climat. Les fondamentaux restent les mêmes : inventaire GES, objectifs crédibles, données fiables, gouvernance et pilotage dans le temps.

kShuttle sur LinkedIn

Ne manquez pas nos prochaines publications

Suivez kShuttle sur LinkedIn pour recevoir les notifications lors de la sortie de nos articles, analyses et actualités réglementaires.

Nous suivre

Derniers articles

Taxvibes x kShuttle new partnership

Pilier 2 : kShuttle et Taxvibes annoncent un partenariat stratégique

kShuttle et Taxvibes annoncent un partenariat stratégique pour aider les groupes multinationaux à connecter leurs données financières et fiscales aux processus de conformité Pilier 2.
IA en entreprise : pourquoi les agents IA restent-ils souvent bloqués au stade du pilote ?

IA en entreprise : pourquoi les agents IA restent-ils bloqués au stade du pilote ? 

Les agents IA se multiplient dans les entreprises, mais beaucoup restent bloqués au stade du pilote. Lou de Gaetano, AI Product Owner chez kShuttle, analyse les conditions d’une adoption réelle.
marché carbone ETS CBAM

ETS & CBAM : quand le carbone devient un signal économique

ETS, CBAM, quotas carbone… Le carbone devient un coût économique. Décryptage des mécanismes et de leurs impacts concrets pour les entreprises.