IA en entreprise : pourquoi les agents IA restent-ils bloqués au stade du pilote ? 

Les agents IA se multiplient dans les entreprises, mais beaucoup restent bloqués au stade du pilote. Lou de Gaetano, AI Product Owner chez kShuttle, analyse les conditions d’une adoption réelle.
IA en entreprise : pourquoi les agents IA restent-ils souvent bloqués au stade du pilote ?

Entretien avec Lou de Gaetano, AI Product Owner chez kShuttle 

Les agents IA occupent désormais une place centrale dans les stratégies d’entreprise. Ils promettent d’automatiser les tâches, d’améliorer la prise de décision et de transformer en profondeur les modes de travail. 

Pourtant, une réalité persiste : la majorité des initiatives ne passent jamais à l’échelle. Pourquoi cet écart entre la promesse technologique et l’adoption réelle ? 

« Le problème n’est plus la technologie » 

Lou de Gaetano : Parce que l’on continue de regarder le problème sous un angle technique, alors qu’il ne l’est plus. 

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si l’IA fonctionne. Les capacités sont là. 

Le véritable enjeu est de comprendre dans quelles conditions les équipes acceptent réellement de travailler avec ces systèmes. Et c’est précisément là que beaucoup de projets se bloquent. 

« L’adoption ne commence pas par la confiance » 

Lou de Gaetano : Pas exactement. 

On a tendance à penser que les utilisateurs n’adoptent pas l’IA parce qu’ils ne lui font pas confiance. En réalité, la dynamique est plus subtile. 

Dans les premières phases, la confiance n’est pas le déclencheur direct de l’adoption. Elle influence plutôt la manière dont les utilisateurs perçoivent la valeur du système. Lorsqu’un agent IA est compréhensible, cohérent et maîtrisable, il est plus facilement perçu comme utile. Et c’est cette utilité perçue qui déclenche l’adoption. 

La confiance, elle, se construit progressivement, à travers l’expérience. 

« Avant la confiance, il y a l’expérience »

Lou de Gaetano : Les utilisateurs ne raisonnent pas en termes abstraits de confiance. Ils se posent des questions très concrètes. Ils cherchent à comprendre ce que fait le système, s’il est possible d’anticiper son comportement, s’il apporte un bénéfice réel dans leur travail et s’ils conservent un niveau de contrôle suffisant. 

Avant que la confiance n’émerge, c’est l’expérience d’usage qui prime. Et cette expérience conditionne l’ensemble du processus d’adoption.

« Une IA impressionnante ne suffit pas » 

Lou de Gaetano : Oui, mais une démonstration ne crée pas un usage. 

Il existe un écart entre ce qu’un système est capable de faire et la place qu’il trouve réellement dans le quotidien des équipes. Une IA peut être très performante et ne jamais être utilisée si elle n’est pas intégrée, si elle n’est pas comprise ou si elle est perçue comme risquée. 

Le problème des agents IA n’est pas qu’ils ne fonctionnent pas. C’est qu’ils ne trouvent pas leur place. 

« Le passage à l’échelle est un changement de nature » 

Lou de Gaetano : Parce qu’un pilote se déroule dans un environnement maîtrisé. Les cas d’usage sont bien définis, les utilisateurs sont engagés et les conditions sont favorables. 

Lorsque l’on passe à l’échelle, la situation change profondément. Les profils utilisateurs deviennent plus variés, les contraintes métiers apparaissent, les exigences de fiabilité augmentent et la tolérance à l’erreur diminue. La question de la responsabilité devient également centrale. 

Ce n’est plus uniquement une question de performance. C’est une question de cadre.

« L’adoption repose sur un cycle, pas sur un moment » 

Lou de Gaetano : L’adoption ne se joue pas en une seule fois. Elle repose sur un processus continu. 

Les utilisateurs expérimentent le système, ajustent leur perception, réévaluent son utilité et construisent progressivement leur niveau de confiance. Ce cycle se répète et s’affine au fil du temps. 

C’est cette dynamique qui détermine si un agent IA reste un outil ponctuel ou devient une composante durable des pratiques de travail.

« La confiance devient organisationnelle » 

Lou de Gaetano :  Un rôle déterminant. 

À petite échelle, la confiance est individuelle. Mais pour permettre un déploiement à grande échelle, elle doit devenir organisationnelle. Cela implique de rendre les systèmes compréhensibles, de permettre aux utilisateurs de garder le contrôle et d’inscrire leur usage dans un cadre clair. 

Sans ces éléments, l’IA reste utilisée de manière isolée. Avec eux, elle peut s’intégrer durablement dans les pratiques collectives.

« Une IA utile, compréhensible et gouvernable » 

Lou de Gaetano : L’objectif n’est pas d’ajouter de l’IA pour ajouter de l’IA. 

Dans une plateforme métier comme ExRP, l’IA est pensée comme une composante des applications, intégrée aux workflows et aux données existantes, dans des environnements où les utilisateurs manipulent des données sensibles, réglementaires, financières ou ESG

Dans ce contexte, elle doit apporter une aide concrète, par exemple en qualifiant une donnée, en assistant une analyse, en détectant une incohérence ou en accompagnant la production de reporting. Mais elle doit le faire dans un cadre maîtrisé. 

Dans ces environnements, l’IA ne peut pas être conçue comme un assistant générique. Elle doit s’inscrire dans des exigences fortes de traçabilité, de contrôle et d’auditabilité. 

Au fond, l’enjeu n’est pas seulement de rendre l’IA performante. C’est de la rendre utile, compréhensible et gouvernable.

« L’usage ne naît pas de l’effet “waouh” » 

Lou de Gaetano : Dans le monde du logiciel métier, l’usage ne naît pas de l’effet “waouh”. Il naît d’un gain concret. 

Un temps gagné, une erreur évitée, une donnée mieux qualifiée, un processus plus fluide. 

C’est particulièrement vrai dans les environnements que nous couvrons, comme le reporting réglementaire, la finance, la durabilité ou la fiscalité. 

Dans ces domaines, l’IA n’a pas vocation à impressionner. Elle doit d’abord sécuriser, assister et accélérer, sans rendre le processus opaque.

« L’IA ne s’impose pas, elle s’installe » 

Lou de Gaetano : Elles doivent cesser de considérer l’adoption comme une conséquence automatique de la performance technique. 

Une IA ne s’impose pas parce qu’elle est puissante. Elle s’installe lorsqu’elle devient évidente dans le quotidien des utilisateurs. Les entreprises qui réussiront ne seront pas celles qui expérimentent le plus, mais celles qui créent les conditions d’un usage réel, avec une utilité visible, une expérience fluide, un cadre clair et une responsabilité assumée. 

Au fond, une IA non utilisée n’a aucune valeur.

Conclusion 

Chez kShuttle, cette approche se traduit par une IA intégrée à la plateforme ExRP, conçue pour s’inscrire dans des environnements métiers exigeants, où les données sont sensibles, les processus structurés et les exigences d’auditabilité élevées. 

Dans ce contexte, l’IA n’est pas une rupture, mais une extension des applications existantes, capable d’apporter une aide concrète tout en respectant les contraintes métiers. 

Cela implique un changement de perspective. Il ne s’agit plus seulement de concevoir des systèmes performants, mais de les inscrire dans un cadre qui permette leur usage réel : connecté aux données, aligné avec les workflows et gouverné par des règles claires. 

C’est ce qui fait la différence entre une expérimentation et un outil de travail. 

Au fond, les projets IA ne restent pas bloqués faute de performance. 
Ils le restent lorsqu’ils ne parviennent pas à s’inscrire durablement dans les pratiques. 

Et c’est précisément là que se joue leur transformation.

Découvrir ExRP

FAQ

Pourquoi les agents IA restent-ils souvent bloqués au stade du pilote ?

Les agents IA restent souvent bloqués au stade du pilote lorsqu’ils ne s’intègrent pas réellement aux workflows des utilisateurs. La performance technique ne suffit pas : l’adoption dépend aussi de l’utilité perçue, du cadre d’usage, de la gouvernance et de la confiance organisationnelle.

Quel est le principal facteur d’adoption d’un agent IA en entreprise ?

Le principal facteur d’adoption est l’utilité perçue. Un agent IA est adopté lorsqu’il apporte un gain concret dans le quotidien des équipes : temps gagné, erreur évitée, donnée mieux qualifiée ou processus plus fluide.

Pourquoi l’IA métier doit-elle être gouvernable ?

Dans les environnements réglementaires, financiers ou ESG, l’IA ne peut pas fonctionner comme un assistant générique. Elle doit être traçable, contrôlable, compréhensible et intégrée aux processus existants afin de respecter les exigences d’auditabilité et de responsabilité.

Lou de Gaetano, AI Product Owner chez kShuttle, conçoit et déploie des agents IA intégrés aux processus métiers. Formée en Data Science et AI Strategy, elle a développé une expertise en ingénierie des systèmes d’IA avant d’évoluer vers des enjeux de produit et d’adoption. Elle s’intéresse au fonctionnement des systèmes d’IA et à la manière dont ils s’inscrivent concrètement dans des usages métiers. 

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